Médecin

Description

Le médecin appelé aussi "physicien", est un érudit très prestigieux au XVIe siècle. Après avoir suivi des études universitaires (qui le distinguent du barbier), le médecin prête le serment d'Hippocrate et s'installe dans une grande ville. Il arrive aussi qu'il soit recruté au service personnel de grands aristocrates comme les princes du sang. Seuls les membres de l'élite sociale peuvent avoir recours à ses services : le prix moyen d'une consultation est d'un écu, prix exorbitant pour le peuple et la petite bourgeoisie. Inutile de préciser que les médecins sont riches, suffisamment pour se payer les services d'un ou deux barbiers qui leur servent d'auxiliaires.

Les médecins s'entourent d'un décorum très théâtral : ils parlent latin, s'appellent mutuellement "doctor" ou "domine" et vont jusqu'à latiniser leur nom. Ils fondent leurs diagnostics sur le thème astral de leurs patients, tiennent des digressions savantes, et accompagnent fréquemment leurs prescriptions de prières et de formules pieuses à réciter plusieurs fois par jour pour chasser le mal...

Au XVIe siècle, la médecine bouillonne d'idées nouvelles et de polémiques. En schématisant, il existe deux grands courants de pensée médicale : les partisans de Galien, défenseurs de la médecine médiévale, face aux anatomistes et chirurgiens, qui se réclament en particulier des œuvres de l'anatomiste André Vésale et du médecin Parecelse. La vieille école médicale s'appuie sur les ouvrages de Claude Galien, un médecin grec du IIIe siècle de notre ère qui a développé la célèbre théorie des "humeurs". Ces médecins traditionnalistes étudient leur science dans des livres plutôt que sur des sujets ; ils fondent leur diagnostic sur l'examen du pouls, de la langue et de l'urine, voire sur le simple témoignage de leur patient. Ils ne se livrent jamais à des soins chirurgicaux, tâche ingrate et dégradante dont ils se déchargent sur leurs auxiliaires barbiers. La nouvelle école médicale, quant à elle, prône l'exploration anatomique du corps humain, et s'appuie particulièrement sur le traité De humani corporis fabrica, publié en 1543 à Bâle par André Vésale, un jeune professeur d'anatomie. Les anatomistes réfutent les erreurs de Galien et des médecins médiévaux et redonnent ses lettres de noblesse à la chirurgie. Des médecins comme François Rabelais n'hésitent pas à "déchoir" en pratiquant des "anatomies" (dissection), parfois illégales, pour améliorer leur connaissance pratique du corps humain ; ils pratiquent également des opérations chirurgicales (essentiellement des soins de blessures et de fractures, parfois l'opération de hernies étranglées). Comble de scandale aux yeux des tenants de l'ancienne école, certains chirurgiens barbiers dépourvus de formation universitaire publient des ouvrages qui révolutionnent la médecine (c'est le cas du célèbre Ambroise Paré).

Une autre pomme de discorde vient se greffer sur la première : les partisans de Galien prônent une médecine purgative (à base de saignées, de purges, de ventouses et de lavements) alors que les partisans de Parecelse défendent une médecine chimique, basée sur l'administration de mercure, de plomb, d'arsenic ou d'antimoine.

La querelle entre les écoles médicales est très vive - d'autant plus vive qu'elle glisse souvent sur le terrain religieux, les anatomistes bousculant les interdits et la science de l'Église…

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